Repéré fin septembre, ce nuage témoignerait d’un accident nucléaire survenu en Russie ou au Kazakhstan. Il n’y aurait « pas de risque identifié pour la population en France ».

DÉTECTION. « Dans le cadre de sa mission de surveillance de la radioactivité sur l’ensemble du territoire, l’IRSN a mesuré la présence de ruthénium 106 dans le sud-est de la France » affirme dans une note d’information publiée jeudi 9 novembre 2017 l’autorité de sûreté nucléaire. La présence de cet isotope a été détectée dans l’air dès la fin septembre 2017, précise l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, par plusieurs réseaux de détection européens chargés de surveiller la radioactivité dans l’air. Les niveaux de radioactivité atteints sont « de l’ordre de quelques millibecquerels par mètre cube d’air« . L’ASN, de son côté, évoque « des niveaux très faibles de l’ordre de quelques microbecquerels par mètre cube (µBq/m3)« . C’est en Roumanie que la valeur de radioactivité la plus forte a été mesurée sur les 400 relevés effectués au niveau européen. La valeur de 0,15 Bq/m3 y a été atteinte le 30 septembre 2017. Toutefois, l’ASN précise que « les niveaux de contamination atmosphérique en ruthénium 106 qui ont été observés en France et dans les autres pays européens sont sans conséquence pour la santé et l’environnement et n’ont donc nécessité aucune mesure de protection des populations vis-à-vis du risque d’inhalation« . « La dose maximale à ne pas dépasser est de 1 millisievert par an, chiffre Jean-Christophe Gariel, directeur santé à l’IRSN. Si vous vous trouviez à proximité du lieu de l’émission radioactive, là où on a atteint 100 et 300 térabecquerels, vous auriez reçu quelques dizaines de millisieverts en quelques heures » chiffre-t-il. Et depuis, ce nuage radioactif se serait peu à peu dissipé puisque les taux de ruthénium 106 seraient désormais « en dessous du seuil de détection », ce qui montrerait « que cet épisode est aujourd’hui terminé« , précise l’ASN.

Une provenance inconnue

Mais d’où provient ce nuage ? « Le ruthénium 106 n’étant pas détecté dans l’air en temps normal, sa présence ne peut être liée qu’à un rejet non maîtrisé, poursuit l’ASN. À partir des conditions météorologiques fournies par Météo France et des résultats de mesure disponibles dans les pays européens, l’IRSN a réalisé des simulations afin de localiser la zone de rejet, d’évaluer la quantité de ruthénium rejetée ainsi que la période et la durée de rejet« . Résultat : l’origine la plus probable de ce rejet est le sud de l’Oural, « sans qu’il soit possible de donner davantage de précisions » précise l’ASN.

Cette carte produite par l’IRSN montre la probabilité du lieu du mystérieux rejet radioactif. La couleur rouge indique les lieux de plus grande probabilité d’après les déplacements des vents. ©IRSN

Et dans la zone concernée, les rejets ont dû être très importants. L’IRSN l’estime comprise entre 100 et 300 térabecquerels. Un accident de grande ampleur qui, logiquement, « auraient nécessité localement de mettre en œuvre des mesures de protection des populations« , explique l’IRSN. Et ce, dans un rayon de quelques kilomètres autour du point de rejet. Or, tel n’a vraisemblablement pas été le cas puisque « aucun pays n’a, à l’heure actuelle, déclaré à l’AIEA être à l’origine de ce rejet, au titre de la convention de 1986 portant sur la notification rapide d’un accident nucléaire » souligne l’ASN.

Que s’est-il passé dans cette région dans la dernière semaine du mois de septembre ? Une centrale nucléaire aurait-elle explosé ? Pour l’ASN, cela semble très peu probable, notamment parce que seul du ruthénium 106 a été détecté. « L’absence de tout autre radionucléide artificiel conduit à écarter l’hypothèse d’un rejet issu d’un réacteur nucléaire. En revanche, un tel rejet pourrait résulter d’une activité de retraitement de combustibles nucléaires usés ou d’une activité de production de sources radioactives » avance l’ASN. L’ASN explique avoir « examiné le risque lié à la consommation de denrées alimentaires importées« , car en effet, « pour ce qui concerne les denrées alimentaires, le dépassement des niveaux maximaux admissibles (NMA) – 1250 Bq/kg pour le ruthénium-106 et pour les denrées autres que le lait – serait quant à lui observé sur des distances de l’ordre de quelques dizaines de kilomètres autour du point de rejet » précise l’IRSN. Mais l’organisme relativise toutefois, et considère « d’une part que la probabilité d’un scénario qui verrait l’importation en France de denrées (notamment des champignons) contaminées par du ruthénium-106 à proximité de la source de rejets est extrêmement faible et, d’autre part, que le risque sanitaire potentiel lié à ce scénario est lui aussi très faible ». L’IRSN juge donc qu’il n’est « pas nécessaire » de mettre en place des contrôles systématiques de la contamination des denrées importées.

Ce n’est pas la première fois qu’un tel incident se produit. En début d’année, c’est un dégagement d’un autre isotope radioactif : l’iode 131 qui a été repéré sur l’ensemble de l’Europe. « Mais à l’époque, nous n’avons pas réussi à recueillir assez de données (quelques dizaines de relevés seulement, contre 400 pour ce nouvel incident) pour en identifier l’origine. Nous ne sommes jamais parvenu à en identifier la source » déplore Jean-Christophe Gariel. Y parviendra-t-on cette fois fort d’une masse de données plus importantes ? « Tout dépendra de ce que le pays auteur voudra bien dire. Là, nous sommes de notre côté au maximum de ce que l’on peut faire » conclut-il.

Source: https://www.sciencesetavenir.fr/


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