Message du Professeur Zolmirel

La face ardente de notre monde

Me voici pour un nouveau message. Je suis votre ami à tous, le professeur Zolmirel.

Je continue mon récit de ce qu’il était advenu de nous, sur la face ardente de notre planète.

En ces temps reculés, nos explorateurs ne détenaient que peu d’informations. Nous avions osé faire cela, aller au delà du rebord du monde !

C’était un grand exploit et pas des moindres. Notre nouveau compagnon, le lézard Alantakiu nous accompagnant, désireux de visiter notre contrée. De manière exceptionnelle, il nous avait expliqué qu’il était prêt à affronter l’ombre et qu’il ne craignait pas l’humidité, contrairement aux siens.

Comme à l’aller, notre pilote si habile employa les vents chauds du désert pour nous élever en une direction voulue, les réacteurs de l’aérostat toussèrent par instants, ils en vinrent à s’éteindre complètement alors que nous voguions au dessus des régions fortement ionisées de notre monde, où les versants des sommets sont parsemés de cristaux splendides.

Ce spectacle attirait notre regard, il était il faut l’avouer magnifique, car chaque note de lumière jouait avec les facettes de ces pierres. Mais les miens avaient appris à respecter les pierres et les entités célestes qui y résident. Ici, seuls les anciens pouvaient entrer, c’était eux qui avaient indiqué aux éminences de notre planète de ne point troubler ce lieu. Ces cristaux avaient une fonction, ils servaient à équilibrer la circulation énergétique de notre planète.

Des nuées de lézards volants s’amusèrent à jouer entre les turbulences produites par notre passage, il s’agissait d’animaux aériens très rapides et légers aux riches couleurs. De même des animaux à fourrure vivaient en ce lieu, entourés d’une émanation lumineuse subtile, qui les protégeait du haut niveau de radiance.

Notre aérostat était entouré de la même manière d’un globe irisé à peine perceptible.

  • Quel est ce dispositif ? Demanda Amoni, Je ne l’avais point remarqué jusqu’alors.
  • Il est nécessaire, fit le pilote, sinon, nous nous mettrions à fondre, dissous par la haute radiance. Il ne resterait de nous que fort peu de chose, tant les organismes au corps semi liquide sont affectés de ces énergies.

Chacun de nous réprima un frisson, fascinés par ce spectacle, mais très désireux de quitter ce lieu rapidement.

  • Ne soyez pas inquiets, fit notre ami si bienveillant. Le dispositif énergétique est alimenté par cette cuve à hydrogène. J’ai aménagé une deuxième cuve de secours en cas de besoin, elle n’a jamais servi. Nous allons entrer dans un sillage magnétique dans quelques heures.

Agréablement rassurés, nous avons poussé un soupir de soulagement. Les faisceaux magnétiques permettaient de diriger un transport depuis le sol, ou en tout cas de le surveiller.

Comme prévu, les contrôleurs de la navigation se manifestèrent sur le transpondeur, nous proposant une assistance bienvenue.

Ils nous indiquèrent que notre trajectoire était optimale et qu’ils agissaient uniquement sur les trépidations mineures rencontrées en cours de route. Les réacteurs s’animèrent soudain et nous avons acquis une vitesse merveilleuse. Nous étions sortis de la zone de vortex !

Chacun de nous respira plus à son aise. En fin de journée, le soleil déclinant révéla un ensemble de monts secs et sablonneux parés de plus en plus de verdure, nous avons pris de l’altitude, puis avons franchi un haut col. Juste derrière celui-ci, la région des marais s’étendait ! Nous étions de retour chez nous ! Nous venions de franchir le rebord du monde.

Au bout de deux heures, nous étions entrés dans la région tropicale, garnie de vastes forêts, où les arbres se développent en poussant dans l’eau. Ma famille et moi-même, vivions au Sud de cette province. Le pilote a décéléré, puis a posé l’aérostat au sommet d’un pinacle d’appontement aérien. Nous sommes descendus aussitôt, puis avons remercié chaleureusement le petit alien si jeune et pourtant si habile.

Erazel se proposa tout naturellement de faire visiter plusieurs sites archéologiques à Alantakiu qui en parut enchanté. Ensuite, il fut convenu qu’elle l’amènerait chez nous.

Amoni, le petit Zilner, Orel, Dorian et moi-même sommes retournés à notre petite tour.

La vie reprenait son cours normal. Après une longue nuit de repos, le lendemain, nous étions de nouveau frais et dispos.

Nous nous sommes éveillés alors que le chant des oiseaux résonnait fort à travers la jungle. Une cueillette de champignons mémorable nous attendait ce matin là.

Je me suis laissé couler au bas de la montagne, ma chute ralentie par une onde antigravité appropriée. Puis Dorian et moi nous sommes enfoncés dans la vaste forêt, enjambant les racines des arbres, soulevant les feuilles de fougères à la recherche de champignons frais. Le petit Zilner gambadait entre nous, il se révéla d’un excellente contribution. Je montrais à Dorian cette variété d’amanite blanche à la chair parfaitement épanouie, que nous cuisinons en abondance et qui se révèle excellente dans n’importe quelle salade. Nous avons ensuite récolté de la mousse et des lichens. La mousse jeune possède un arôme très riche, les lichens, en petite quantité, servent à parfumer les plats.

Nous sommes revenus chez nous pour l’heure de midi.

  • Demain, il y a une surprise, fit le sage Amoni en tendant son panier au petit alien.
  • Une surprise ? Vraiment ? Et de quoi s’agit-il ? demanda-il avec étonnement.
  • Tu le verras bien mon cher enfant, et tu en seras tellement heureux ! lui répondis-je.

L’après midi fut consacrée à des préparatifs. Nous nous sommes affairés en cuisine, puis notre maison a subi un nettoyage méthodique. Nous sommes des êtres ordinairement soigneux, mais le sage Amoni tenait à ce que tous les parements de bois et les sols soient vernis et cirés. Nous nous sommes empressés de nettoyer chaque recoin de la terrasse, de même que de prévoir plus d’espace dans la chambre d’amis. Zilner nous aida de son mieux de ses petites mains hésitantes. Il balaya autour des plantes d’intérieur, les arrosa et y versa de l’engrais. Puis, il nettoya le sol de la grande serre et ôta des brindilles sèches autour des fleurs.

L’atelier subit lui aussi un nettoyage en règle. Les outils, mais aussi le sol furent remis à leur place. Je rangeais également un lot de pièces détachées issues d’anciennes épaves de croiseurs dans des caisses abritant un grand nombre de composants.

  • Ainsi vous vous intéressez à la mécanique stellaire ? me demanda Dorian avec un fol entrain
  • En effet, je suis juste… un collectionneur. Je ne désespère pas de trouver un jour un vaisseau que je puisse remiser. Tout cela vient du marais, expliquais-je. Mais ce ne sont que des morceaux.
  • Nous irons prospecter un peu plus loin, avec de la patience, qui sait, peut-être trouverons nous un vaisseau abrité dans le limon ?
  • Le marais a déjà été sondé, exposais-je. Nos meilleures chances sont de découvrir une épave en orbite.
  • J’ai déjà beaucoup cherché, assura le petit Zilner en me regardant d’un air sincèrement peiné.
  • Oui, je le vois bien, exposais je au petit alien. Ce que tu as fait est déjà beaucoup. Il n’existe guère de chance qu’un débris puisse franchir notre système. Tous les débris de ferraille sont collectés par les barges magnétiques en orbite autour de notre monde. Et il existe beaucoup de passionnés, des chasseurs d’épaves, comme Erazel.

J’étais encore un assez jeune alien d’à peine six siècles en cette époque, et mon rêve, bien sûr, était de construire ou de remiser un vaisseau de mes mains. L’étude des plantes me comblait, et les experts en vol spatial avaient estimé que j’excellais en ce domaine.

Cependant, je n’étais pas assez bon pilote pour posséder mon propre esquif. Nos vaisseaux sont très sensibles, je peinais alors à canaliser mes émotions. Il me fallait trouver un vaisseau semi-manuel, bref, pour mon monde, une vraie antiquité.

Je sentais cette heureuse visée se rapprocher de moi, aussi, chaque jour qui passait était peuplé de joies nombreuses.

Le jour suivant vint, et avec lui, la promesse d’heureux événements. Chacun de nous passa ses plus beaux habits de fête et empila des victuailles à l’arrière de notre petit transport. Nous sommes sortis dans l’air frais du matin, émerveillés et ravis. Le petit Zilner était empli d’impatience.

Notre esquif s’éleva au dessus des arbres à peine effleurés par les premiers voiles dorés du matin.

Nous nous sommes posés sur la grande clairière, celle des festivités !

Un grand nombre d’aliens étaient déjà là, on dépliait de longues tables, les anciens faisaient voler des sièges dans tous les sens pour les disposer. Des nappes se plaçaient d’elles-mêmes, et un groupement d’aliens studieux chargés de lourds volumes discutait avec un air surexcité. Chacun d’eux tenait un panier débordant de moisissures succulentes. C’était un jour attendu entre tous sur mon monde, celui de la grande fête des champignons !!!

Zilner bondit de joie, il fut embrassé de toutes parts par la famille du sage Amoni. Un majestueux vaisseau bleu, azuré, et mauve se posa avec grâce. J’admirais les lignes effilées de l’engin dernier cri, d’où émergèrent Esvar et Minvela, la ravissante alien au teint bleuté qui était son épouse avec leurs deux enfants. Amoni embrassa longuement son frère puis s’essuya les yeux.

Le petit Zilner était fou de joie de revoir ses cousins, deux petits aliens au teint bleu pâle qui suscitèrent des murmures admiratifs de l’assistance. Les enfants s’en furent gambader en lisière de la forêt, pour s’amuser. Cela est fréquent sur mon monde, qui est un lieu d’insouciance.

Dorian et la sage Erazel m’invitèrent à les suivre, et alors, je découvris un superbe vaisseau antique, dont il ne restait plus qu’une partie du fuselage d’intact. Je ne pus prononcer une phrase et chacun le comprit très bien. Des petits techniciens Ilstirr s’approchèrent et leurs yeux brillaient d’excitation. Chacun fixait Dorian en retenant son souffle.

  • Je vous en prie mon cher, fit Erazel. Nous ferez-vous cette grâce ?

Un peu hésitant face à autant de regards, Dorian eut un sourire embarrassé.

  • Serais-tu devenu trop vieux pour ce genre d’exploit ? murmura Orel d’un ton à peine perceptible

Je réprimais un rire, car Orel aimait souvent à taquiner son ami sur son âge réel.

Dorian étendit lentement la main. Alors, les parements absents de la carcasse antique se reformèrent lentement et poussèrent à vue d’œil, un peu comme le ferait de la végétation. Au bout d’une minute environ, le vaisseau était complet. Dorian avait même réussi à restaurer les pieds qui étaient absents.

Il y eut une belle acclamation, chacun poussa des cris de joie, certains murmuraient des prières. Je m’essuyais les yeux, ravi, et très ému de contempler un navire aussi superbe.

  • Nous avons besoin d’un expert en pilotage manuel pour faire décoller cet engin, exposa Erazel d’un ton assuré.
  • Bien sûr, répondis-je d’un ton joyeux. De qui s’agit-il ?
  • De vous bien sûr !!! me répondit Dorian avec un grand rire
  • Voyons, je ne peux pas, ce ne serait pas … prudent. Je n’ai pas été au simulateur depuis trois mois.
  • Rien ne se perd, tout s’apprend, répondit Orel en entrant à l’intérieur de l’antique engin. Doutez-vous de ses immenses compétences pour stabiliser ce véhicule en vol ? Ou des miennes ?

Je montais à bord du vaisseau, un peu hésitant et joyeux à la fois. Les sièges étaient très grands, ils avaient été conçus pour des humanoïdes, et non des petits aliens comme moi, exposais-je.

  • Peu importe, fit Dorian très confiant, faites le simplement décoller, nous nous occupons du reste. Cela leur fera tellement plaisir, dit-il en montrant les enfants et les familles qui s’étaient regroupés sur la colline.
  • Cet engin, est-il … sûr ? Hésitais-je en fixant les cadrans jaune d’or, les différentes cylindres garnis de machineries inconnues placés à l’arrière du cockpit. Il faut au moins faire quelques vérifications.

Je tâchais de m’apaiser et effectuais une projection. L’engin était très sûr, stable et souple. Pas de doute là dessus. J’étudiais les commandes, un peu abasourdi de tout ceci. Les êtres de lumière ne disant mot, me laissant réfléchir.

  • Attention, disait Orel installé à l’arrière. Normalement, c’est lui qui pilote. Je vous le prête, mais ensuite, il faudra me le rendre. Et prenez garde de ne pas frire au passage ! Son fluide est effroyable à soutenir.

Je ris de ces propos et abaissais plusieurs leviers, il se produisit un son agréable. Le vaisseau réagissait ! Le plasma contenu dans les différents réservoirs était chargé de manière optimale. J’élevais lentement un gros levier et le navire antique décolla avec une fluidité merveilleuse. Il plana à quelques mètres du sol, puis s’éleva vers le ciel en un bel arc de cercle. La petite assemblée présente en bas poussa de grands cris de joie. Je fis prendre de la vitesse au navire, follement ravi. Il répondait à la moindre de mes impulsions. Une énergie heureuse m’habita, le fluide de Dorian, qui avait simplement posé sa main sur mon épaule. Je perçus alors en un éclair la jungle sous nos pieds, le sol, le moindre relief, mais aussi, la merveilleuse machinerie du vaisseau. Je voyais à présent à l’intérieur des choses ! Je voyais chaque rouage tourner, chaque circulation de fluide se faire, et je pouvais zoomer à volonté sur le moindre détail !

  • C’est une connexion totale avec la voilure, avec chaque composant de ce navire. Vous ne faites plus qu’un, exposa Dorian par l’esprit.

Je souris simplement à mon ami de lumière, mes larmes perlant à mes yeux. Ce vol dura longuement, nous avons plané au cœur de la vaste forêt humide, à une vitesse agréablement réduite, sans faire le moindre bruit. Des oiseaux voletaient autour de nous, certains, curieux, sautillaient sur les ailes du vaisseau, puis retournaient vers les arbres. Ce navire était extraordinairement agréable à piloter, je le fis voler vers le ciel, à folle allure, Orel derrière nous, grisé par la vitesse riait aux éclats.

Les performances de l’engin étaient exceptionnelles, il enchaînait les virages avec célérité, je le fis plonger en piqué et il se redressa avec une aisance parfaite. Je revins vers notre position de départ et posais l’antique vaisseau en une manœuvre sûre et franche.

Je poussais un petit soupir.

  • Merci beaucoup mes amis, je n’y serai pas arrivé sans vous, dis-je à Orel et Dorian
  • C’est amusant, parce que c’est vous qui avez tout fait, me lança Dorian avec un grand rire. Nous n’avons corrigé aucune trajectoire, vous maîtrisez le pilotage à la perfection.

Je bégayais de joie, un peu confus et hésitant. Je peinais à réaliser cela.

  • Mais non enfin, dis-je. Les experts m’ont fait passer des tests et ils ont expliqué que j’étais inapte au vol.
  • Avec certains types de vaisseaux, peut-être, mais ici, le résultat est assurément exceptionnel.

Je descendis de l’engin argenté, à peine tiède malgré sa vitesse incroyable et là, Erazel m’embrassa.

Amoni, Zilner, et tous leurs autres parents et amis me félicitèrent de même. Je dus rosir un peu, car je possède plutôt une personnalité timide.

Erazel monta à son tour dans l’engin incroyable et le fit décoller avec Dorian. Orel resta à ses côtés et me fit part de ses commentaires.

  • Elle ne possède pas autant d’aisance, me dit-il.
  • C’est parce que c’est la première fois.
  • Non, il doit exister une certaine adéquation, une harmonie entre un pilote et son vaisseau. Je parle de ce que j’ai vu, répliqua Orel fermement
  • Et entre le pilote et le copilote aussi… ais-je tort ?
  • Non, répondit Orel. Il ne pourrait y avoir que lui. J’ai déjà essayé de voler avec mon père et ce n’était pas un franc succès. C’est une énergie, une circulation de fluide vital, une prescience qui s’ouvre, grâce à la communion parfaite de deux êtres. Vous l’avez entrevu, à travers lui.
  • Oui, c’est vrai, expliquais-je.

Certain là que les êtres de lumière ignoraient la jalousie, je perçus que malgré son apparente légèreté, Orel aurait été vivement affligé de ne plus voler en compagnie de son brillant pilote.

Le vaisseau atterrit, et Dorian me rejoignit en riant.

  • Vos pensées sont justes, assura t-il avec un grand rire. Il est très jaloux par moments, lorsque je vole avec mon père, par exemple. Même s’il s’efforce de ne pas l’être, de ne pas être victime de l’attachement qui créée une dépendance entre les êtres. Orel est encore un adolescent pour les nôtres, après tout, cela passera.

Je fixais la coque du petit vaisseau avec une joie infinie. Ainsi, j’étais un pilote, j’étais cela, c’est ce que m’avaient montré mes amis en ce jour radieux.

Erazel marcha lentement vers moi, en compagnie du lézard Alantakiu, tout heureux de se trouver là.

  • Je crois bien que ce vaisseau vous revient de droit mon ami, dit-elle. Nous allons le faire expertiser, ensuite, il vous sera rendu. Vous possédez une aisance exceptionnelle avec cet engin, bien supérieure à la mienne.
  • Mais… ce vaisseau vous appartient. Je ne puis en disposer, c’est un présent bien grand.
  • Il n’était qu’un tas de ferraille voici quelques minutes, répondit Erazel. Il sera répliqué en laboratoire, pour en faire une maquette. Mais ensuite, nous n’en ferons rien. Je propose de laisser Dorian en décider.
  • Et comment ! fit le grand être de lumière. Il est à vous ! De manière incontestable !

Je versais des larmes de joie, Dorian m’embrassa, le petit Zilner trépignait de joie. Erazel le fit monter dans le cockpit, de même que tous les autres enfants, très curieux de visiter cet engin.

Nous sommes retournés auprès de nos amis. Mon sage ancêtre, Oralecto était là, il avait préparé pour l’occasion un bouillon à base de champignons aux épices. Il m’en servit une portion généreuse et nous nous sommes mis à deviser.

  • Alors ? Tu es impatient de prendre la route du ciel ? m’interrogea t-il
  • Cela est un bien grand honneur que me fait Erazel…
  • Elle récompense là un esprit juste et méritant. Tu as toujours voulu piloter, depuis très petit souviens-toi. A présent, cela est possible. Ta vie va être transformée !
  • Et toi grand-père ? Où est donc ton vaisseau ? demandais-je avec surprise.
  • Mon enfant, tu le sais bien… je n’ai pas besoin de vaisseau pour me déplacer. L’âge et la prescience permettent cela, le voyage immobile. Tu es mon descendant, un jour, toi aussi, tu connaîtras cela. Lorsque le corps devient un peu plus lent, l’esprit s’élève en des directions inexplorées, nouvelles, très accueillantes, et il emmène le corps avec lui. Alors, il n’est plus de limites, de barrières, de temps… La prescience, l’omniscience s’offrent à nous, et la faculté de lever des pierres, de faire bouger des demeures, de rénover des édifices millénaires, dans la joie. Oui, tout cela nous est offert, émit mon vénérable ancêtre.

Je souris simplement, comblé de ces paroles. Oralecto fit bon accueil à Esvar et à sa famille. Il leur fit goûter de son breuvage revigorant. D’autres anciens vinrent et prirent place sur des coussins. Chaque ancêtre tenait dans ses bras un très jeune petit alien pour l’inciter au calme. Il en était fait ainsi sur mon monde avec les enfants les plus remuants et cela fonctionnait bien. Les enfants étaient comblés de se trouver en compagnie des plus âgés et réciproquement. Les ancêtres commencèrent à faire circuler des mets autour d’eux et à discuter des propriétés de nombreuses espèces de champignons.

De jeunes universitaires brillants tournaient entre eux, certains là d’être en présence des plus grands experts. Informateurs et photographes prenaient des clichés de moisissures inconnues avec un fol entrain. L’or des deux soleils s’allongea, s’étirant sur la cime des arbres. Les anciens virent là l’occasion de conter une histoire aux enfants nombreux rassemblés pour cette fête. Je m’assoupis quelque peu, mon esprit émerveillé par les images télépathiques brillantes qui fusèrent.

Puis nous nous sommes retirés, chacun remballant ses effets. Les anciens aidant à plier tables, nappes et chaises en un tournemain. Oralecto fit voler de lourdes tables à l’intérieur de la soute d’un grand cargo. Des mycologues remballèrent tous leurs instruments et les vaisseaux s’en furent dans le lointain. L’heure du soir étendit ses ombres. La clairière était à présent déserte, seuls quelques petits cercles d’herbe tassée témoignaient de la présence des aliens nombreux assis là un instant plus tôt. C’était le seul signe de notre passage.

Je montais à bord de la plate forme et rejoignis Amoni, Zilner et nos amis êtres de lumière. C’était l’heure du soir, et les ombres de la forêt grandissaient. Bientôt, les fauves s’éveilleraient et iraient boire. Mon monde est un lieu sauvage et il est certaines lois à respecter. Une harmonie existe entre notre monde et celui des fauves, des animaux nocturnes, qu’il ne faut point troubler. Le jour, nous pouvons déambuler dans le marais et la jungle. La nuit, ces lieux leur appartiennent.

J’expliquais cela au petit Zilner.

Notre esquif décolla, suivi de près par le superbe vaisseau bleuté d’Esvar et de sa compagne Minvela. Je ne fus pas surpris de voir que la radieuse alien était aux commandes. C’était une personnalité de caractère noble, tout à fait à même de piloter un navire. Nous nous sommes posés auprès de notre petite tour, faisant bon accueil à nos invités.

Le petit Zilner bondit dans les étages pour faire visiter notre demeure aux enfants. Amoni montra une petite fontaine entourée de plantes qu’il avait aménagée dans la véranda, près de la serre. J’exposais à nos visiteurs combien nous étions comblés de leur venue.

  • Tout est si vert, si accueillant par chez vous. Ne craignez-vous point la venue des bêtes sauvages en ce lieu ? s’enquit Esvar
  • Non, il existe des dispositifs de sécurité autour de la maison, répondis-je. Ils ne peuvent entrer ici. Nous sommes à l’abri sur cette terrasse au premier étage. Seuls les plus gros chats pourraient nous menacer, mais nous arrivons à leur causer une paralysie très vive. Ils sont intelligents, alors, ils nous laissent en paix. Les sages communiquent avec eux, et certains fauves sont nos amis, ils ne mangent que des plantes.

La ravissante Minvela gazouilla des mots charmants en sa langue en découvrant notre cuisine et notre séjour en bois chaleureux garni de sièges. Très fier, Amoni montra notre laboratoire à sa famille. Je leur fit visiter l’atelier, et Esvar parut ravi en apercevant un amoncellement de pièces détachées abritées dans des fûts.

  • Vous avez là des composants très rares ! Qu’il est passionnant de pourvoir à la construction d’un vaisseau par soi-même !

J’en convins vivement, ravi de découvrir un être à la conversation si agréable. Esvar était spécialisé dans le démontage de tout ce qui passait à sa portée. Il avait inventorié à peu près toutes les machines que peut comporter un intérieur. Il me montra un petit carnet qui abritait de nombreux schémas techniques de ce que vous nommez « l’électroménager ». Oui, tout cela accaparait ses heures, son temps. Nous avons passé de longues minutes passionnées à deviser, lorsque Amoni nous appela pour dîner. Le petit Zilner avait mené les enfants en sa chambre pour leur montrer des cartes stellaires. Ils passaient là un heureux moment. Chacun s’assied dans le séjour.

L’un des enfants d’Esvar se nommait Sillamin et l’autre, plus jeune, Esrim. Sillamin expliqua combien il aimait fabriquer des figurines, des poupées et des animaux en peluche. Le petit Esrim était lui fasciné par les engins de transport, tout ce qui pouvait voler, rouler, et aussi par les plantes. Esrim aimait à les cultiver et à fabriquer des maquettes d’aéronefs en compagnie des ingénieurs. Ses compétences étaient très appréciées car les mains des enfants sont parfaites pour cela.

Esrim nous expliqua à tous que son rêve était de piloter des croiseurs. Il questionna Amoni sur nos récents voyages et une conversation très heureuse débuta. Je fis léviter les plats pour les passer à chacun. Dorian et Orel agrémentant le récit du sage Amoni d’images colorées qui prenaient vie dans notre salon. C’était là un moment rare, précieux entre tous. Le petit Zilner, encore très jeune s’assoupit contre le bras de Dorian.

Avec bonté, la ravissante Minvela le souleva et alla l’étendre en son lit. Cette aimable apparition formula des prières et des bénédictions, confiante en ce fait que le petit Nerti allait bientôt guérir et nous rejoindre tous. Il était prévu que la famille d’Esvar resterait pour plusieurs jours et cela adoucirait bien la peine de Zilner à qui son frère manquait beaucoup.

Nous avons passé un long moment à deviser au salon, la voûte étoilée visible au dehors par la baie vitrée semblant nous faire un clin d’œil. Des papillons de nuit étonnés se posèrent sur les vitrages. Notre conversation s’orienta sur le monde sépulcral où la famille d’Esvar vivait. Il fut décidé d’un commun accord qu’ils pourraient prendre tous les semis de leur choix pour pouvoir les replanter chez eux. Notre serre était riche à profusion d’espèces très variées et bien sûr, nous étions radieux à l’idée de pouvoir les aider.

J’ai été ravi, amis de la Terre bleue de délivrer ce message, je vous salue bien amicalement,

Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes :


Texte partagé par les Chroniques d'Arcturius - Au service de la Nouvelle Terre
---------------------------
Merci de visiter les sites qui nous soutiennent !