Le philosophe Kant disait que nous avons deux mères, deuxmatrices : notre mère biologique et notre langue maternelle.

Deux matrices, source des sensations, des réactions corporelles, et des réactions mentales, du bavardage intérieur, respectivement.

Une réaction corporelle, c’est par exemple un frémissement qui remonte le dos en entendant une voix.

Une réaction mentale, ce sont les mots qui surgissent à la suite de cette première réaction : “Ah mince, encore lui ! Que vais-je lui dire ? Je vais encore me laisser avoir, c’est pas juste, alors que mes collègues, eux…” et ainsi de suite.

La réaction corporelle résonne avec la réaction mentale, qui a son tour alimente l’émotion négative, générant ainsi un puissant cercle vicieux dont il semble impossible de se délivrer.

La tradition du Cachemire reconnaît cette puissance du corps et du mental. Ce sont des énergies, des shaktis appelées des Yoginîs, de terribles déesses aux mille visages et insaisissables.

Elles sont les “mères” des êtres vivants car elles les conditionnent. Ne sommes-nous pas les jouets des émotions et des mots ? Or tout cela engendre de la souffrance.

A cause de ces réactions, semble-t-il, nous perdons “la saveur de l’Immortel”. Ces réactions, en effet, nous cachent le silence et semblent nous couper de la Vibration du cœur. A la place, nous sommes comme possédés et emportés par des démons qui vient en nous mais qui ne sont pas nous. Nous sommes pris par tel ou tel entité, la tradition tantrique les appelle des “saisisseurs” (graha) comme les planètes qui symbolisent aussi ces étrangers qui dorment en nous et qui s’éveillent régulièrement pour faire de nous leur jouet.

Et tout cela va si vite, que d’ordinaire cela échappe à notre attention. En un instant, tout se combine et le cercle fatal est lancé. Nous devenons bourreaux ou victimes, ou les deux, et il semble trop tard, comme si la liberté nous était enlevée.

La peur (shankâ en sanskrit) se répand comme un poison. Et la peur d’avoir peur… et ainsi de suite. Autre facette du même cercle vicieux. Ou encore, la colère monte, puis la colère d’être en colère, puis la colère d’être assez bête pour se laisser (encore une fois !) prendre au piège de la colère contre la colère…

Nous ne jouissons plus de nos énergies. Ce sont elles qui se jouent de nous.

Nous pouvons bien comprendre ce jeu, nous dire que “c’est le mental”. Mais comment vivre pour de bon cette liberté ? Est-ce même possible ?

On dit souvent “voir l’émotion, c’est en être libre”.
C’est vrai.
Voir la colère, dans le feu (!) de l’action, c’est ne plus être la colère. De fait, il y a une distance.
Mais ça n’est pas le plus important.

Le plus important, c’est de sentir l’énergie et de la laisser s’étaler dans l’espace, comme une fleur qui éclot. Nous le savons, mais il faut oser le pratiquer.
Sur le vif de l’émotion à vif.

Ainsi, voir que “le mental”, c’est du bavardage. Or le bavardage, ce sont des mots. Or ces mots, ce sont des sons. Voir les pensées, ça n’est plus les penser, les interpréter. C’est les percevoir. De l’interprétation, retour à la perception. Ne plus écouter le bavardage comme un message à déchiffrer, mais comme des sons à écouter. Ainsi l’attention quitte le labyrinthe des interprétation, le jeu de miroir du mental avec ses signes qui renvoient sans fin à d’autres signes, et elle “revient” au présent qu’elle n’avait jamais quitté.

Pourquoi ne pas écouter les pensées comme des mantras ? Quand on récite un mantra on ne prête pas attention au sens. Pareille pour une chanson dans une langue inconnue. Du coup, on est plus sensible à la mélodie, au rythme, au timbre, à la vibration. Il n’y a plus interprétation qui nous arrache au présent, mais perception et donc unité.

Comment se libérer du mental ?

En l’écoutant comme on écoute nonchalamment une musique. Sans tension. Une fraîcheur surgit alors. Le silence devient vivant. Le bavardage s’apaise. Nous ne somme plus hypnotisés. Les mots ne sont plus nos maîtres, ils redeviennent instruments de la musique du silence.

J’appelle cela le yoga du silence, yoga de la présence, Smara Yoga.


Texte partagé par les Chroniques d'Arcturius - Au service de la Nouvelle Terre
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