De nouvelles preuves scientifiques étayent l’hypothèse d’une augmentation des gaz à effet de serre provenant de l’activité humaine dès le développement de l’agriculture.

La forte augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère de 280 parties par million de molécules d’air (ppm) en 1750 à 415 ppm aujourd’hui est attribuée à l’ère industrielle et la combustion massive d’énergies fossiles depuis le 18e siècle. Mais ce changement climatique d’origine humaine était à l’œuvre depuis déjà sept millénaires, affirme aujourd’hui l’équipe de Bill Ruddiman, chercheur au département des sciences environnementales de l’Université de Virginie (USA) et défenseur depuis 2003 du “early anthropogenic hypothesis”, l’hypothèse d’une influence anthropique précoce. Enrichis de nouvelles découvertes de ces 15 dernières années, Bill Ruddiman revient à la charge dans Quaternary science review.

L’article se focalise sur la hausse de CO2 constatée dans les mesures effectuées dans les glaces des pôles, les cernes des arbres, les sédiments marins, les découvertes des sites archéologiques, etc. Les données des variations climatiques de l’holocène (notre ère géologique depuis 12.000 ans) sont comparées aux changements naturels plus anciens pour déterminer s’il y a des différences qui pourraient trahir une influence humaine. Cette influence est désormais prouvée pour le méthane dont on constate une hausse des teneurs depuis 5.000 ans. Les causes naturelles comme un possible changement d’axe de la terre provoquant des modifications climatiques ont été écartées au profit d’une forte augmentation de la culture du riz par l’Homme qui explique 70% de cette hausse, et de l’essor de l’élevage.

La déforestation a commencé avec l’agriculture

Pour le CO2, les choses sont moins claires, mais dans cet article, Bill Ruddiman estime apporter au débat de nouvelles preuves à l’appui de son hypothèse d’une influence humaine précoce. La démonstration s’appuie d’abord sur les découvertes archéologiques permettant d’évaluer la croissance démographique de l’humanité. Les démographes estiment que quelques millions d’Homo sapiens vivaient sur terre il y a 10.000 ans et qu’ensuite cette population a doublé environ tous les 1.000 ans de façon géométrique. Mais de récentes découvertes archéologiques en Chine et en Europe montrent une croissance plus heurtée avec une forte hausse entre 7.000 et 5.000 ans corrélée à une augmentation des teneurs en COdans l’atmosphère. Des exhumations de restes d’Hommes du néolithique indiquent par ailleurs que les variations de population ne sont pas essentiellement dues à des conséquences climatiques comme les inter-glaciations mais plutôt à des maladies infectieuses comme la peste bubonique.

Comparaison entre les tendances de teneur en COde l’holocène (en rouge) et celles des précédentes glaciations (en bleu). L’écart est attribué à l’action humaine. ©Quaternary science reviews

Les chercheurs ont ensuite évalué la déforestation induite par l’avancée de l’agriculture. Ce sujet est très controversé par manque de données mais aussi à cause des interprétations qui sont faites des rares mesures. Certains estiment par exemple que les destructions d’arbres n’ont pas été si importantes dans la mesure où le manque d’outils et de force animale font qu’un agriculteur ne pouvait exploiter plus d’un hectare. C’est sans compter avec les éclaircies effectuées sur des pentes non exploitées par la suite, les régions déforestées mais cultivées occasionnellement et les terres trop dégradées pour l’agriculture. En s’appuyant sur les études des pollens récupérés dans les sédiments des lacs et les tourbières partout dans le monde et notamment en Europe, Bill Ruddiman estime que le couvert forestier a commencé à reculer il y a 6000 ans.

Comment fixer le début d’une nouvelle ère géologique ?

Cette déforestation sur plusieurs millénaires a provoqué des rétroactions en cascade. L’augmentation de CO2 dans l’atmosphère a réchauffé les océans et l’atmosphère, stoppé la croissance des glaces des pôles, influé sur la circulation atmosphérique avec l’Antarctique au point que l’action de l’Homme aurait augmenté les teneurs en CO2 de 40 ppm par rapport au niveau où elles auraient dû se situer naturellement. Selon les chercheurs, les émissions préindustrielles anthropiques (de -10 000 ans à 1750) se sont élevées à 343 milliards de tonnes dont 300 milliards ont été absorbés par les océans et les tourbières.

Cet article ne clôt pas le débat mais devient un élément essentiel de réflexion pour les membres de la Commission internationale de stratigraphie à la recherche du “clou d’or” géologique marquant la fin d’une époque géologique et le début d’une autre. La Commission a en effet acté en 2016 que la Terre avait quitté l’holocène (débuté il y a 12.000 ans) pour entrer dans l’anthropocène. Mais le débat reste vif pour décider de la date du changement. Et il oppose ceux qui plaident pour un “clou d’or” récent (les résidus de plastique, la pollution nucléaire) et ceux qui envisagent une époque bien plus ancienne comme les débuts de l’agriculture.

Source: https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/le-changement-climatique-induit-par-l-homme-a-commence-il-y-a-7000-ans_145822


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Texte partagé par les Chroniques d'Arcturius - Au service de la Nouvelle Terre
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