Plusieurs pays européens ont détecté des très faibles quantités de ruthénium 106 radioactif dans l’atmosphère. L’origine de cette contamination n’est pas encore connue.

Plusieurs réseaux de surveillance de pays européens ont détecté des traces d’un élément radioactif qui n’existe pas à l’état naturel dans l’atmosphère, le ruthénium 106, rapporte l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français (IRSN). L’origine de cette pollution n’est aujourd’hui pas connue, mais l’organisme français, en relation avec Météo France, regarde les mouvements de masse d’air de ces derniers jours pour tenter de retracer les trajectoires possibles, et donc retrouver la région où ce ruthénium a pu être émis dans l’air.

Pour le moment, ce matériau radioactif a été trouvé, en très petites quantités, par des instruments de mesure situés en Norvège, en Suisse et en Autriche. En France, l’IRSN pousse ses mesures, en allongeant les temps de prélèvements sur des filtres, pour avoir un plus grand volume d’air analysé, mais n’a pour le moment pas découvert de traces de ruthénium. «Si nous nous intéressons à la présence de ruthénium 106 dans l’air en ce moment, ce n’est pas parce qu’il y a le moindre danger pour la santé humaine ou pour l’environnement dans notre pays, puisque les concentrations mesurées sont des milliers de fois plus faibles que le bruit de fond de la radioactivité naturelle mesurée en permanence», explique Jean-Marc Péres, directeur général adjoint de l’IRSN en charge de la santé et de l’environnement. «En revanche, comme il n’existe aucun réservoir naturel de ruthénium 106 dans l’environnement, ni de source artificielle qui en émettrait en continu, nous aimerions bien savoir d’où vient cet élément radioactif.» La radioactivité du ruthénium 106 est divisée par deux tous les 373 jours. Dans la nature, la forme la plus courante de cet atome est le ruthénium 102, qui n’est pas radioactive.

Barreau purifié de ruthénium, sous sa forme stable la plus abondante, non radioactive.

Une source médicale possible

L’Office fédéral de la santé publique suisse précise que «la concentration de Ruthénium-106 (mesurée, NDLR) s’élève à env. 40 micro-Becquerels par m3, soit une valeur 17.000 fois inférieure à la limite d’émmissions dans l’air fixée pour ce radionucléide dans l’Ordonnance sur la radioprotection.»

Les experts français ont identifié deux sources possibles pour la présence anormale de ruthénium dans l’atmosphère. Le ruthénium est utilisé comme source radioactive en médecine nucléaire, pour la curiethérapie, et c’est aussi un produit de fission que l’on retrouve dans les combustibles usés sortis des réacteurs nucléaires. «Il ne peut s’agir de ruthénium qui serait présent dans un réacteur nucléaire, car en cas d’accident, on verrait aussi bien d’autres éléments avant le ruthénium, ce qui n’est pas le cas», assure Jean-Marc Péres. Même raison pour exclure de très hypothétiques dégazages qui auraient réussi à s’échapper des essais nucléaires souterrains en Corée du Nord.

Il peut en revanche s’agir d’un problème lors du retraitement de combustibles usés, dans lequel on cherche à séparer et concentrer les différents produits de fission. Or certains des procédés émettent de la chaleur et doivent être réfrigérés. «En cas de perte de réfrigération, il pourrait y avoir dégazage accidentel dans l’atmosphère d’éléments volatiles comme le ruthénium 106», précise le responsable français.

Enquête en cours

L’autre hypothèse privilégiée est la mauvaise manipulation de sources médicales contenant du ruthénium. «Il y a parfois des erreurs de gestion des sources, c’est déjà arrivé à plusieurs reprises dans l’est de l’Europe, et si une source part vers un incinérateur, du ruthénium peut être envoyé dans l’atmosphère», explique Jean-Marc Péres.

Les simulations actuelles ne permettent pas de pointer l’origine précise de la pollution mais elles indiquent quand même une région très large: le sud-est de l’Europe, sans plus de précisions. D’autres points de mesures pourraient peut-être permettre d’affiner l’enquête en cours.

Source: http://www.lefigaro.fr


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Texte partagé par les Chroniques d'Arcturius - Au service de la Nouvelle Terre