Message du Professeur Zolmirel

C’est moi de nouveau, votre ami à tous, le sage Zolmirel,

Je suis de retour pour vous parler de mon monde, de cette découverte paisible de nos contrées verdoyantes en compagnie de nos amis. Ces souvenirs sont anciens bien sûr, mais notre mémoire absolue nous les fait apparaître très proches.

Nous avions justement invité le frère de mon ami Amoni, Esvar et son épouse, Minvela. En ces temps, une grande union régnait déjà au sein de notre monde, de notre quadrant galactique, et au delà.

Cette union était déterminante pour assurer la sécurité stellaire de tout un pan de la galaxie. Nos explorateurs étaient protégés de loin, grâce aux prescients, mais aussi grâce aux peuples alliés, qui pouvaient instantanément leur porter secours en cas de besoin. Il existait également une surveillance stellaire très active, notamment en ce qui concerne les navire pirates, ou miniers et ceux que nous nommons les spoliateurs de mondes, qui refusent de faire demi-tour. Des rideaux énergétiques étaient érigés, de manière invisible, pour fourvoyer tout être menaçant, ou pour anéantir des flottes belliqueuses.

Notre planète avait commencé son ascension et ce matin là, toutes les plantes me parurent habitées d’un bel éclat émeraude. La végétation émettait de la lumière ! Je me précipitais vers Amoni, lui aussi, ébloui de ce spectacle. Esvar et Minvela, voyaient eux aussi cette radiance, de même que les enfants.

Pour fêter leur venue, nous avons décidé d’un commun accord de faire une petite excursion.

Nous avons pris le vaisseau de Minvela et y avons entassé des mets et de quoi nous installer pour déjeuner. Le petit Zilner était ébloui par le paysage verdoyant qui défilait à la fenêtre.

Minvela, elle, pilotait le vaisseau avec une aisance parfaite. Le bel esquif bleu et rose aux lignes effilées ne faisait nul bruit. Nous avons survolé des gorges, puis sommes parvenus à la région des montagnes, plus froide et pluvieuse. En cette région existait une colonie de Galmols qui étudiaient les roches. Plus loin, vers les plaines, nous avons posé le vaisseau, au sommet d’une superbe montagne fleurie. Alors, nous sommes descendus et avons installé une table et des chaises.

Absorbé par la beauté des lieux, Amoni, émit une prière. Cet instant était parfait, nous avons pris là un excellent repas.

J’exposais à Esvar combien cette région offrait de surprises, car en effet, au bas de notre position, une jungle bleu vert s’étendait.

  • Les feuillages sont turquoise, fis-je à mon ami. Je connais un botaniste qui pourra nous faire visiter une grande serre.
  • J’en serai ravi, émit Esvar, sur notre planète, il existe fort peu de plantes, ou alors seulement des variétés stellaires qui croissent à la lumière des étoiles. Les experts en atmosphère ont tenté de sublimer un petit lac de glace, mais les essais ont été peu concluants. L’attraction gravitationnelle est trop peu suffisante au maintien d’une atmosphère.
  • Nous sommes obligés de vivre sous le sol, émit l’un des enfants.
  • Oui, c’est nécessaire, reprit Esvar, mais nous y sommes très à l’aise

A ce moment, notre conversation s’interrompit, car je vis apparaître un petit groupe de Galmols des montagnes. Ces êtres nous sont absolument semblables, mais leur teint est saumon au lieu d’être bleu vert. J’étais fasciné, c’était l’une des premières fois que j’en voyais d’aussi près.

Les sept visiteurs s’approchèrent et nous saluèrent avec chaleur.

  • Heureux de vous voir en ce jour ensoleillé, émit la plus âgée des êtres, une ancienne, visiblement. Nous sommes en train de récolter des plantes. Nous avons peu de promeneurs normalement, en cette saison.
  • Très heureux de vous voir, émit Esvar avec bonté.

Les sept aliens curieux, le détaillèrent avec plaisir, ainsi que sa famille. Je devinais qu’ils n’avaient jamais vu d’alien comme Minvela et ses enfants. Ils s’intéressèrent aussi au vaisseau.

Sur votre monde cela peut paraître surprenant ou inapproprié, mais chez les miens, il est un plaisir d’échanger.

  • Souhaitez vous voir l’intérieur ? demanda Esvar
  • Cela nous plairait beaucoup, en effet, mais nous n’allons pas vous retarder, émit un alien avec cordialité

Mais Esvar, expliqua qu’il n’en était rien et qu’il aimait toujours faire visiter son vaisseau.

  • C’est mon épouse qui l’a assemblé, assura t-il une fois que le groupe fut ressorti.

Chacun s’extasia, et félicita la dame alien. Je remarquais aussitôt un Galmol au teint saumon plus petit et plus jeune que les autres. Il me fixait avec insistance, et je m’approchais aussitôt.

C’était un être assez timide, aussi, je le saluai poliment. Ses manières étaient très courtoises.

  • Je suis un alien des montagnes, émit-il avec embarras. Nous voyons peu de monde, je suis chargé de la réfection des engins stellaires, de leur maintenance.
  • Je suis botaniste, exposais-je, mais les vaisseaux me fascinent également.

L’être me fixa avec bonheur, il était tout à fait heureux, et une émotion étrange en vint à m’habiter, une énergie très vive, inexplicable. Cet être, me semblait-il, faisait partie du peuple intermédiaire. Il s’agit d’une partie de la population, dont l’ADN a muté. Ces êtres sont parfaitement androgynes, et se mêlent harmonieusement au reste de la population. Ils sont acceptés et aimés, pour leurs qualités artistiques, leurs dons de guérison et leurs hautes facultés télépathiques.

Les êtres intermédiaires ont une faculté naturelle pour communiquer avec tout ce qui, vit, arbres, plantes et minéraux, et pour accéder aux strates cachées du savoir, aux mémoires anciennes de notre monde. Mon nouvel ami était apparemment de ce peuple, et son regard semblait en effet voir très loin au delà de ce qui l’entourait. Les autres Galmols avaient surpris notre échange et étaient partagés. Certains souhaitaient reprendre leur route et d’autres sentaient bien notre intérêt grandissant à converser.

Tout naturellement, j’invitais ce Galmol fascinant à nous accompagner, mais sa famille réprouvait de le laisser partir.

  • Tu te perdrais, fit sa mère, (apparemment, ce n’était point la première fois). La région des jungles nous est inconnue.
  • Venez tous en ce cas, proposa le sage Amoni, voyant que des larmes apparaissaient sous les yeux du jeune être.

Mais les autres Galmols déclinèrent cette invitation. Je fixais résolument le regard bleu clair du jeune être ému. Lentement, un lien télépathique extrêmement fort venait de se tisser entre nous.

  • Je te retrouverai, dis-je résolument.
  • J’en serai tellement heureux, ce n’est pas fréquent pour moi de me faire un si bon ami, répondit-il.

Il s’avança maladroitement pour me saluer, et un éclat aveuglant jaillit aussitôt de nos mains. Les autres étaient très impressionnés et un peu effrayés d’une telle quantité d’énergie. Mais je ne ressentais nul désagrément, il me semblait au contraire parfaitement normal que cette énergie se manifeste. Il serra très fort mes mains et s’en fut avec peine, se retournant plusieurs fois.

Je demeurai immobile, incapable de formuler un seul mot. Je remontais dans le vaisseau, comme un somnambule. J’étais abasourdi, incapable d’expliquer quoi que ce soit, et je baignais dans un bonheur cotonneux, un sentiment d’accomplissement infini, inexplicable, m’envahissait.

  • La foudre vous habite, mon ami, s’amusa Amoni, en voyant des panaches d’énergie jaillir de mes mains.
  • Oui, et je me demande bien pourquoi, répondis-je.
  • C’est bien simple, vous avez trouvé votre « autre ». Il vous a reconnu également, exposa t-il avec entrain.

J’entrais dans une songerie bienheureuse, l’« autre » est un être parfaitement complémentaire à nous mêmes, que les miens recherchons bien évidemment avec bonheur. Certains des plus sages parmi les miens possèdent en eux-mêmes une telle complétude, qu’il ne leur est point nécessaire de prendre une moitié. Mais pour moi, il n’en était de toute évidence point ainsi. Pourquoi parmi sept êtres, ce jeune Galmol avait-il ainsi attiré mon regard ?

J’éprouvais de plus quelque embarras à l’idée qu’il s’agisse d’un être faisant partie de la population intermédiaire. Sa famille allait-elle le laisser venir me rendre visite ? Même si les esprits étaient ouverts, la région des montagnes était assez éloignée de notre logis.

Une idée m’habita aussitôt, Erazel avait promis de me laisser le vaisseau que j’avais si magistralement piloté la dernière fois ! De cette manière il me serait possible de revoir cet être si exceptionnel ! Mon cœur bondit de joie.

Le soir vint et nous sommes revenus en notre demeure, juste avant que la pluie n’arrose la jungle en abondance. Cette pluie est un bienfait absolu pour les miens. Orel et Dorian qui étaient restés à méditer en cette journée nous firent bon accueil. Ils avaient cuisiné pour nous des mets délectables. Le petit Zilner bondit de joie et se précipita vers Dorian qui le porta dans ses bras. Ils avaient noué une heureuse relation à la faveur de notre périple spatial.

Dorian s’affaira à apporter des plats et il réalisa sûrement que je marchais comme un somnambule.

  • Il vous est arrivé quelque chose, dit-il en m’observant avec un rire.
  • Une rencontre inattendue avec un être si agréable, si habile dans la construction de navires, si parfait… répondis-je. Hélas, les siens ne désiraient pas que nous l’invitions, ils avaient peur qu’il se perde.

Je confiais à Dorian qu’il me serait merveilleux de pouvoir naviguer jusqu’à la région des montagnes avec le vaisseau qu’Erazel m’avait réservé. J’étais prêt à tout pour revoir mon ami si improbable.

  • Je vous aiderai, même si vous avez été frappé par la foudre, de toute évidence, promit Dorian très amusé de cette situation.

Je m’endormis avec un fol espoir au cœur.

Le matin vint et avec lui, une Erazel très souriante qui atterrit avec le beau vaisseau comme convenu. Elle exposa que sa visite de notre contrée avec le lézard Alantakiu du pays du soleil réjouissait grandement notre invité.

  • Il est à vous, me dit-elle en désignant le vaisseau. Prenez-en grand soin et ne soyez pas trop téméraire. Ces régions des montagnes comprennent des vents assez vifs avec des dérives importantes qu’il faut négocier en souplesse, dit-elle en lisant dans ma pensée.

Elle m’étreignit, sourit et son reflet s’effaça dans l’aube naissante comme les si grands anciens savent le faire.

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Texte partagé par les Chroniques d'Arcturius - Au service de la Nouvelle Terre
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