Théophraste Bombast  von  Hohenheim, dit Paracelse, naît alors que s’achève le Moyen Age. L’auteur trace ici le portrait de cet homme à la puissante personnalité : il guide le lecteur dans les pas de cet éternel rebelle  à la vie errante remplie d’aventures fertiles en péripéties , si Paracelse subira encore l’influence du  Moyen Âge  sur ses conceptions en astrologie , sa recherche d’une démarche logique dans l’observation , sa critique de l’alchimie traditionnelle qui ouvre la voie vers la chimie moderne , son rejet de la scolastique et  la défense acharnée de son libre arbitre , ses vues hardies sur la connaissance de l’homme et de l’univers , en feront un homme de la Renaissance

Ses idées , parfois  visionnaires , bouleversent l’ordre établi , défendues avec fougue et  rudesse de langage par ce médecin des pauvres , tenu de son temps pour un imposteur , elles seront la source de  toutes ses misères avant qu’il atteigne la notoriété que tout le monde désormais s’accorde à lui reconnaître. De  Zurich, pour se rendre à Nuremberg, Théophraste doit passer par Saint Gall, il a traversé  autrefois cette petite ville blottie dans une étroite vallée du plateau Suisse, c’est là qu’un roulier lui avait appris que la cité était passée dans les rangs de la Réforme, sous la poigne énergique du bourgmestre. En cours de route, il se souvient d’avoir entendu parler d’un riche commerçant, féru d’alchimie, qui réside en ville, l’envie lui vient soudain de poursuivre les recherches qu’il avait faites à  Schwaz, aux mines de Füger, sur l’usage des métaux dans le traitement des maladies.

Cet alchimiste pourrait me comprendre songe-t-il, m’accueillir peut être, et me permettre de travailler auprès de lui ? Le hasard me sert, tentons l’aventure. Le laboratoire où va œuvrer Paracelse est une vaste pièce à l’unique et large fenêtre donnant sur la vallée, à l’opposé sous une hotte, un large fourneau voisine avec le coffre à charbon, et un tas de rondins taillés sur mesure ; un grand bac rempli d’eau, un seau, sont là pour étouffer un début d’incendie. Des soufflets sont accrochés au mur, des chaudrons reposent sur le carrelage de grès, avec des tamis, des paniers remplis de minéraux,  un marteau à portée de main pour les concasser sur un bloc de pierre.

Sur des étagères s’entassent des cornues, des mortiers,  des pots de grès, les poids d’une balance suspendue à une poutre, non loin de là, un alambic de cuivre est posé sur un petit foyer à grille, et, sur une tablette, s’alignent des flacons d’élixirs de toutes les couleurs. La nuit venue un candélabre accroché au plafond éclaire le local souvent enfumé par les vapeurs qui s’élèvent du fourneau, Paracelse et ses deux  aides  portent un tablier de gros cuir et des bas-de-chausses épais, qui les protègent  de l’ardeur du foyer. Quelques tabourets, et, pour le maître une chaise de bois à haut dossier, recouverte de grosse toile. Devant, une table où il pose ses papiers et parchemins, à côté, un pupitre sur lequel il écrit debout. Il a rangé des livres, derrière lui, sur une planche fixée au mur, où est pendue sa rapière. Au travail Paracelse ne cesse de secouer ses aides, exige d’eux d’arriver à l’heure, tôt le matin et repartir tard le soir, c’est à peine s’il prend le temps de déjeuner d’un quignon de pain frotté à l’ail, et d’avaler un verre de vin. Il voue aux gémonies Oporinus qui n’est plus là  à  ses côtés, pour écrire sous sa dictée «  que de temps perdu » grommelle t’il  quand il doit saisir la plume d’oie.

Il paie de sa personne, concasse les minerais, les trie, surveille les fusions, les évaporations, rien n’échappe à ses yeux…il s’essuie le front couvert de sueur, noir de suie ….des flammèches s’échappent parfois du foyer, qui vont former de petites cloques  sur son crâne qui commence à se dégarnir…Paracelse s’était attaché à appliquer la devise “alchimique” : solve et coagula (“dissous et coagule”) pour la préparation particulière de ses nombreux remèdes. Le terme même de “spagyrie” s’en trouvait directement issu ainsi que son étymologie ne manquait pas de le souligner : “spao” signifiant en grec “extraire” et ‘ageiro, agerein”, “rassembler” ; or, pour séparer et extraire, ne fallait-il pas nécessairement dissoudre, ainsi que pour recombiner, rassembler, ne convenait-il pas de coaguler ! Mais de quoi s’agissait-il au juste, sinon des principes essentiels résidant au sein des trois règnes végétal, minéral et animal.

Le dessein principal de la Spagyrie consiste donc bien à séparer la matière subtile de la matière grossière et tangible d’un “mixte” – corps composé, de l’un des trois règnes – dans un but de “purification” et, par voie de conséquence “d’évolution”, afin de transmettre les vertus régénérées du “mixte” à tout individu dont la santé est éprouvée par un quelconque déséquilibre.

“La Spagyrie est une science qui nous apprend à diviser les corps, à les résoudre (réduire) et à en séparer les “principes” par des voies, soit naturelles, soit violentes. Son objet est donc l’altération, la purification et même la perfection des corps, c’est-à-dire leur génération et leur médecine.

C’est par la solution (putréfaction animale, fermentation végétale ou liquéfaction minérale) que l’on y parvient et l’on ne saurait y réussir si l’on ignore leur construction et leurs “principes” (le mot “principe” signifie ce de quoi une chose tire son origine et ce qui constitue l’essence de cette même chose).

Toutes les maladies sont inhérentes à un déséquilibre dans l’action de ces trois “principes”. C’est pourquoi tout véritable remède est destiné à entretenir cet équilibre dans le corps et à le ramener si l’un des principes vient à dominer les deux autres avec trop de violence…”  Ainsi, en observant “dans la lumière de la nature et dans le miroir de la vérité” (selon l’expression chère à Paracelse), tout ce qui vit sous le soleil est d’essence triple, bien qu’étant “un” en apparence, qu’il s’agisse d’un minéral, d’une plante ou d’une substance animale. Chacun de ces composants subtils porte le nom de “principe de la matière” ; en analogie avec la tripartition métaphysique de l’Homme :”Corps – Ame – Esprit”, les principes spagyriques se dénomment “Sel -Soufre – Mercure” -, ces derniers ne correspondant pas aux substances chimiques du même nom mais faisant référence à des notions infiniment plus subtiles.

Selon les Anciens “tous les corps sont faits de matière et d’esprit. La Matière est passive et inerte, tandis que l’Esprit est le principe vital-actif, empreint de l’Idée divine qui est cause d’évolution. Il est donc clair que la vertu des mixtes (corps composés d’atomes ou de molécules et tirés de la Nature) est dans l’esprit, et que cet esprit est beaucoup plus actif lorsqu’il est délivré de sa prison corporelle. Tout le côté physique de l’Art spagyrique réside dans cette séparation ou extraction. Pour obtenir cet esprit en puissance de son maximum de vertu, il le faut exalter ; pour l’exalter, il le faut mûrir (faire évoluer), et pour le mûrir, il faut corrompre son corps, à la façon dont le grain se putréfie dans la terre avant que de pouvoir germer. Or, cette putréfaction n’est autre que l’évolution de la matière, par laquelle les atomes de la substance se séparent des hétérogénéités, se resserrent, se purifient, s’exaltent et s’élèvent à une altitude beaucoup plus noble que n’était leur état primitif. Tout l’Art Spagyrique consiste à provoquer l’évolution de la matière pour la purifier et l’exalter, ce qui ne peut se faire que par de subtiles et longues opérations que les auteurs anciens ont laissées dans l’ombre”.

Les techniques de préparation des remèdes spagyriques exigent une connaissance approfondie de la Nature et du Cosmos : pour effectuer les récoltes (lieux et moments propices), pour mettre en oeuvre les fermentations, distillations, cohobation, sublimations, calcinations, digestions, etc… Ces manipulations de Laboratoire de nature “spagyrique” définissent l’ensemble des “opérations sur le minéral, le végétal, ou l’animal”; dans ce dernier cas, il s’agit le plus souvent de sous-produits animaux. Autrefois, le nombre des différentes opérations était plus conséquent ; pas moins d’une cinquantaine de manipulations sont décrites dans les ouvrages anciens, dont beaucoup sont tombées en désuétude, telles que “l’assation”, la “réverbération”, la “réincrudation”, Les plus importantes qui se pratiquent couramment sont au nombre de sept:- dissolution ou décomposition (avec décantation et filtration), – fermentation ou putréfaction, – distillation et rectification (avec circulation ou rotation), – calcination ou cémentation, – sublimation ou exaltation, – cohobation ou réunion, – coagulation ou fixation.

C’est particulièrement dans le cas de substances toxiques, comme par exemple des plantes vénéneuses : Aconit, Hellébore, … ou des métaux toxiques: Plomb, Antimoine, … que le phénomène de purification spagyrique s’observe le mieux, puisque ces substances deviennent par l’Art de “souverains remèdes”. En libérant les 3 principes de leurs impuretés initiales, la Spagyrie élimine totalement les poisons contenus dans les mixtes pour faire place à une sorte de perfection, ou “quintessence”, au service de l’homme. Ainsi, la Spagyrie est souvent dénommée “Art des Quintessences” dont on dit que les remèdes sont ouverts et orientés, ce qui signifie qu’ils sont devenus totalement assimilables par l’organisme et qu’ils sont en correspondance énergétique et cosmologique avec les organes à traiter.

“Le savoir traditionnel a pour premier caractère une conception unitaire du Cosmos”  écrivait Paracelse. En effet, ‘la création du Monde étant la création par excellence, la cosmogonie devient le modèle exemplaire de toute espèce de créa-t-on”. Jusqu’à la fin du Moyen-âge, l’homme s’est toujours senti lié au Cosmos et c’est par la pensée analogique qu’il a pu effectuer des rapprochements subtils entre les innombrables domaines du monde manifesté. Paradoxalement, cette forme de pensée verticale ou spirituelle qu’est l’analogie ne s’oppose en rien à la pensée rationnelle ou scientifique que nous pouvons qualifier d’horizontale. D’ailleurs, certaines sciences modernes telles que l’écologie ne redécouvrent-elles pas cette interdépendance universelle que les Anciens respectaient tant sous le nom de “Théorie des Signatures” ?

Il faut étudier à nouveau Paracelse pour poser les bases de cette quête philosophico-scientifique: – au sujet d’une philosophie de l’invisible :

Qu’est la nature sinon la philosophie, et la philosophie sinon la découverte de l’invisible nature ? “

 

“Les étoiles sont visibles, mais elles ne constituent pas pour autant le Ciel”

 

“Le ciel agit en nous, mais pour connaître l’essence de cette action, il faut connaître les propriétés du ciel et des astres…”

 

“Celui qui désire devenir un vrai thérapeute doit chercher à comprendre la composition d’une prescription selon la conjonction des herbes et des astres du firmament.”

 

– “La nature donne une Lumière par laquelle elle peut être connue dans sa clarté propre.”

 

“La nature est une lumière qui luit plus que la lumière du soleil… au-dessus de tout regard et de toute puissance des yeux. Dans cette lumière, les choses invisibles deviennent visibles.” – au sujet des signatures :

  • “Il n’y a rien sur quoi la nature n’ait apposé sa marque, et c’est par là que nous pouvons connaître ce que recèlent les choses ainsi signées.”
  • L’homme propose mais c’est dieu qui guérit. Dieu ne fait rien sans l’homme S’il opère un miracle Il le fait à travers l’homme qui n’est qu’un canal.
  • Tout ce qu’il y a dans les livres a moins de valeur que l’expérience d’un seul médecin qui pense et qui raisonne. (Citation de Rhazès reprise à son compte par Paracelse)
  • L’homme a en lui une force magnétique sans laquelle il ne peut exister.

Source: http://rustyjames.canalblog.com/


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Texte partagé par les Chroniques d'Arcturius - Au service de la Nouvelle Terre
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