Selon leurs ennemis chrétiens, les Gnostiques se livraient à la débauche et prônaient une éthique proche de celle du Libre-Esprit et du Tantra non-dualiste. Il y aurait ainsi eu un Marc le Mage à Lyon vers 180. Ce “Tantra” européen serait alors aussi ancien, voire plus ancien, que celui de l’Inde

Pourtant, quand on lit leurs textes, on est surpris par leur rejet de la chair. Les spécialistes ont conclu que les Gnostiques étaient des ascètes d’un genre platonicien. D’autant plus que certains, en particulier les Séthiens, dénoncent le monde et le corps comme étant des prisons fabriquées par le faux Dieu Yahvé/Yaldabaôth/Allah.

Cependant, la présence du baiser rituel, du bain, des onctions d’huile suggèrent une autre vision. Surtout, la présence de métaphores sexuelles, notamment celle de la “chambre nuptiale” : chaque âme doit retrouver son ange et s’unir à lui pour remonter au Plérôme, à la plénitude originelle. D’ailleurs, le Plérôme est débordant d’entités ineffables, les Eons, qui sont accouplées. Les Eons engendrent les états de conscience par ces étreintes, et d’abord l’Eglise primordiale, l’Assemblée invisible. C’est ce que semble dire le Traité en trois parties :

“Innombrables et illimitée, la progéniture (du Père ineffable) est pourtant invisible (ici-bas). C’est qu’elle est issue de lui, (qui est invisible), Père et fils, à la manière de baisers : par l’effet de leur surabondance, le baiser de personnes s’embrassant mutuellement dans une conscience bonne et insatiable est unique, bien que s’exprimant en de multiples baisers.” (trad. Painchaud modifiée)

L’image est fascinante. Le Père est l’absolu. Le Fils est la conscience que l’absolu a de soi. Père et Fils sont donc les analogues de Shiva et Shakti dans le Tantra. Et le problème auquel répond ce passage est celui de la coexistence de l’unité et de la multiplicité. La solution est déjà présente dans le mystère de toute activité organique, et dans le “baiser” : la multiplicité des câlins ne s’oppose pas à l’unité de l’amour. C’est bien le même amour qui se manifeste de diverses manières. Le mouvement ne contredit pas la stabilité. Nous retrouvons la même idée dans la Reconnaissance (pratyabhijnâ), la philosophie du Tantra. En fait, cet extrait aurait pu apparaître dans un tantra ou dans un texte du shivaïsme du Cachemire.

Dès lors, on peut imaginer que le rejet du mariage et de la procréation par les Gnostiques n’est pas incompatible avec une pratique sexuelle semblable à celle du Tantra. Rejet du mariage, symbole d’une relation de domination, avec son cortège de jalousies et de drames. Or, les Gnostiques reconnaissent dans la jalousie et la volonté de dominer, la marque du faux Dieu. On peut alors faire l’hypothèse qu’ils ont aspiré à d’autres sortes de relations, non pas utilitaires ni destinées à conserver et à reproduire l’œuvre maléfique du faux Dieu, mais au contraire à émanciper les âmes de cette prison, par le désir.

Est-ce un hasard si l’amour courtois est né, en France, dans les régions influencées par la gnose ?

Eros me semble donc être au cœur de la Gnose.

Source: https://shivaisme-cachemire.blogspot.com/2021/05/quelle-place-pour-eros-dans-la-gnose.html


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Texte partagé par les Chroniques d'Arcturius - Au service de la Nouvelle Terre