Environ six millions de Canadiens répondront aux critères du trouble de la consommation de substances au cours de leur vie, selon Statistique Canada. Pourquoi la dépendance alimente-t-elle autant la stigmatisation, alors qu’un si grand nombre de gens en sont touchés? Déconstruction de cinq mythes qui persistent à ce sujet.
Mythe no 1 : la dépendance est un manque de volonté
Ça n’a rien à voir
, affirme Myriam Laventure, professeure au Département des sciences de la santé communautaire à l’Université de Sherbrooke et membre de l’Institut universitaire sur les dépendances.
De l’alcool aux opiacés, la substance agit sur le système nerveux central, explique-t-elle. La consommation est une stratégie adaptative. […] C’est la recherche toujours plus grande, souvent d’arrêter une souffrance – que ce soit une souffrance physique ou psychologique –, qui va amener les personnes à faire un abus.
« Les personnes sont prises dans un cercle vicieux. »
Mythe no 2 : La dépendance touche surtout les itinérants
Le Downtown Eastside, un quartier de Vancouver connu pour sa population en situation d’itinérance, a souvent été considéré comme l’épicentre canadien de la crise des surdoses liée aux substances illicites. Cependant, pour Lisa Lapointe, coroner en chef de la Colombie-Britannique, c’est l’un des mythes les plus frustrants qu’elle rencontre.
« Les drogues sont toxiques, peu importe où vous vivez, votre statut socio-économique ou votre travail. »
La pauvreté est tout de même un facteur de risque, comme le précise la professeure Myriam Laventure , mais tout le monde peut un jour vivre une dépendance
, car elle n’a pas de niveau socio-économique prédéfini
, dit-elle.
Mythe no 3 : La crise des surdoses est un problème de toxicomanes
En Colombie-Britannique, 2224 personnes ont perdu la vie en 2021 en raison d’une surdose, selon les dernières données du Service des coroners. Ces informations révèlent que les personnes ayant une grave dépendance à la drogue ne représentent pas la majorité des décès.
Vous pouvez consommer [de la drogue] pour la première fois; vous pouvez être un consommateur du week-end, ou tous les quelques jours, ou quotidiennement
, affirme Lisa Lapointe.
Mythe no 4 : Les traitements sont accessibles à tous
Les services destinés aux toxicomanes en Colombie-Britannique sont largement concentrés dans le centre-ville de Vancouver, alors que l’ensemble de la province est touché.
L’accès au traitement doit pourtant se faire rapidement, et dans un lieu où les gens peuvent se rendre facilement, selon Myriam Laventure. Je pense qu’il faut aussi adapter notre façon de les accueillir
, avance-t-elle. Les différentes approches sont importantes, car l’abstinence n’est pas une solution pour tous, selon la professeure.
En Colombie-Britannique, il existe un programme d’approvisionnement pharmaceutique sûr d’opioïdes. La coroner en chef Lisa Lapointe se renseigne régulièrement auprès des autorités sanitaires pour savoir combien de personnes ont reçu une prescription leur donnant droit à des opioïdes sûrs.
« La réponse est toujours : « quasiment personne ». »
Mythe no 5 : La dépendance est uniquement un problème de drogues illicites
Pas du tout; au contraire
, dit Myriam Laventure. On va souvent parler de ce qui fait les gros titres, mais la substance, à ce jour, qui est associée au plus grand nombre de maladies, c’est l’alcool.
En Colombie-Britannique, la consommation à risque et excessive d’alcool n’est souvent ni reconnue ni traitée par le système de santé, comme l’explique Kevin Hollett, porte-parole pour le Centre de consommation des substances de la Colombie-Britannique (BC Centre on Substance Use). Pourtant, au pays, 1790 décès ont été causés par l’alcool chez les personnes de 45 à 64 ans en 2020, selon Statistique Canada, et 1 cas de cancer sur 25 est lié à la consommation d’alcool, selon une étude du Centre international de recherche sur le cancer.
L’alcool étant socialement accepté, ça inquiète moins que les drogues illégales. On le craint moins
, ajoute Myriam Laventure.
La professeure, experte en prévention des dépendances, conclut qu’il ne faut pas que les personnes souffrant de dépendance, pas plus que les membres de leur entourage, hésitent à demander de l’aide. Même si la personne n’est pas prête à aller consulter ou à diminuer sa consommation, le membre de l’entourage peut recevoir de l’aide pour lui-même
, ajoute-t-elle.
Une ligne téléphonique d’aide aux personnes en Colombie-Britannique qui ont besoin de soutien pour tout type de problème de dépendance est offerte gratuitement en tout temps au 1 800 663-1441, ou dans le Grand Vancouver au 604 660-9382.
Avec des informations de Bethany Lindsay
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Texte partagé par les Chroniques d'Arcturius - Au service de la Nouvelle Terre



