Des chercheurs français sont parvenus à amplifier une molécule antidouleur produite par le corps, au point où elle s’est avérée plus efficace que la morphine. Et les premiers essais chez l’animal sont prometteurs.

 

Jusqu’à maintenant, la conception d’antidouleurs ciblés est restée un défi pour l’industrie pharmacologique.

Certains analgésiques n’offrent qu’un contrôle local et limité de la douleur, tandis que des médicaments plus puissants, tels que les opioïdes, agissent sur plusieurs régions du cerveau et peuvent mener à la dépendance.

Certaines molécules produites naturellement par le corps ont un effet antidouleur, mais leur durée et leur action limitées les empêchent d’être d’une quelconque efficacité face à certaines douleurs aiguës ou chroniques.

Une équipe de chercheurs français a toutefois réussi à modifier l’une de ces molécules(Nouvelle fenêtre), nommée enképhaline, au point où son efficacité et son temps d’action dépassaient ceux de la morphine dans des tests menés sur des rats.

Cette méthode, qui n’entraînerait pas les effets secondaires des opioïdes, pourrait aider à traiter la douleur de façon plus sécuritaire.

Le corps et la douleur

La douleur est une sensation complexe qui peut être décomposée en deux éléments : le signal venant de la zone endommagée et son interprétation par le cerveau.

Partout dans notre corps se trouvent des nerfs spécialisés, appelés nocicepteurs, qui nous préviennent de la présence d’une blessure et qui deviennent plus sensibles dans les régions endommagées.

Lors de lésions corporelles, ces nerfs émettent des signaux qui remontent vers le cerveau, où ils seront interprétés et produiront une sensation déplaisante. Cette réaction nous pousse à rapidement nous éloigner d’une situation pouvant entraîner des blessures.

Le corps possède des mécanismes pour arrêter la transmission de la douleur et l’empêcher d’atteindre le cerveau. Il produit des molécules antidouleur, mais celles-ci ont une très courte durée de vie et sont rapidement dégradées par notre organisme.

C’est pourquoi, dans le cas de certaines blessures ou de douleurs chroniques, elles ne sont pas en mesure de couper le signal, et la douleur devient perpétuelle.

Améliorer la nature

Les chercheurs se sont intéressés à l’enképhaline, l’un des peptides libérés par certains neurones lors de sensations douloureuses. Jusqu’à maintenant, cette molécule n’avait pas d’intérêt pharmacologique, car elle se dégradait rapidement, et toute tentative de la modifier éliminait ses effets antidouleur.

Les chercheurs sont toutefois parvenus à la stabiliser en la combinant avec du squalène, un lipide important dans la production de cholestérol. La molécule ainsi produite était beaucoup plus stable, au point où elle pouvait être utilisée dans un traitement pharmacologique.

Pour évaluer son efficacité en tant qu’antidouleur, les chercheurs ont ensuite testé différentes variantes de leur molécule sur des animaux, dont des rats souffrant de douleurs aux pattes.

En observant leur comportement ainsi qu’en suivant l’inflammation de leurs pattes par imagerie médicale, les chercheurs ont pu conclure que la molécule pouvait agir jusqu’à deux fois plus longtemps que ne le ferait la morphine.

De plus, contrairement à la morphine, ces molécules sont trop grosses pour traverser la barrière hématoencéphalique, qui isole et protège le cerveau de ce qui se trouve dans le sang. L’effet de ces molécules est donc limité à la région endolorie seulement, ce qui restreint les risques de développement d’une accoutumance.

Une telle molécule ne pourra cependant pas être rapidement utilisée en clinique. La mise au point d’antidouleurs est un processus très contrôlé, et cette étude animale, bien que prometteuse, devra être suivie de plusieurs années de perfectionnement et de tests de sécurité avant qu’elle ne mène un jour à la création de médicaments.

Source : https://ici.radio-canada.ca/


Texte partagé par les Chroniques d'Arcturius - Au service de la Nouvelle Terre
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